RdPRESSE § Le Pari et Télérama

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La ville de Paris et ses alentours associés au mot « grand » passent cette fois à la moulinette d’un dossier édité par Télérama. La presse non spécialisée est celle dont le public est le plus large et Télérama consacre régulièrement des dossiers aux questions urbaines.

illustration du schéma

Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France, 1976

Le premier article de Luc Le Chatelier, journaliste du magazine, nous rappelle les débuts de ce qui aurait pu, devra, devrait ou pourrait être (on ne sait plus) le Grand Pari(s) de l’Agglomération Parisienne. Projet dont on a eu tôt fait d’oublier le nom au profit d’un « Grand Paris » plus médiatique (GPAP, c’était un joli sigle de plus pourtant).
Est d’abord cité Nicolas Sarkozy qui aurait eu l’audace d’un Napoléon III. Un nom qui sonne en effet mieux que ceux, par exemple, des illustres inconnus (ou presque) Henri Prost et Raoul Dautry, ce qui nous aurait moins prosaïquement ramené en 1934, ou celui de Pierre Sudreau en 1961 dont les projets ont débouché en 1965 sur le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris (résumé de l’ouvrage éponyme disponible ici) pour une population de 14 millions d’habitants. On pourrait continuer avec, par exemple, l’évolution de ce schéma en 1976 sous l’égide du (accrochez-vous) SDAURIF qui intéressera les plus curieux (cliquez sur l’image ci-dessus). Le bref historique omet de préciser que Paris Métropole, cité dans le développement de l’article et dont les débuts (un peu flous) sous ce nom se veulent antérieurs au discours du 20 juin 2007 sur le Grand Pari(s), était le grand projet concurrent. Les rapports de forces que traduisent ces deux expressions, désignant globalement la même chose, sont évoqués entre les lignes et un peu plus loin, par deux noms : « le Grand-Huit » et « Arc Express. » Le « délire » au singulier de Roland Castro et les « plans sur la comète » d’Antoine Grumbach sont aussi épinglés par cette introduction courte donc, forcément(?), partielle. La suite de l’article soulève quelques enjeux et problématiques d’un Paris plus grand que celui délimité par le périphérique, peu importe le nom qu’on lui donne.
Ce sont les mots d’Alain Bourdin, sociologue et urbaniste, et une comparaison avec le Grand Londres qui nous permettent de comprendre que le Grand Pari(s) est avant tout un projet international. Paris doit rester une place qui compte dans le monde des mégalopoles internationales, alors, comme le dit la première de couverture avec un ton léger, « faut grandir ! » Tout le problème étant de décider ce que grandir veut dire. Visiblement, pour Luc le Chatelier, construire (pour l’instant projeter) un réseau de transport est un peu trop terre-à-terre. Les jolis dessins de la ville de demain étaient trop air-à-air… et on ne sait plus sur quel pied danser (Proposons donc de lire une étude prospective de l’insertion urbaine du périphérique de Paris : No Limit, éd. du pavillon de l’arsenal, 2008). Alors que la toponymie a été, elle aussi, évoquée, c’est l’enjeu de la « gouvernance du Grand Paris » (21100 résultats sur google pour cette expression exacte) qui pointe à nouveau le bout de son nez. Luc Le Chatelier constate alors, comme toujours mais il est très important de le répéter, que personne (ou presque) à l’intérieur du « Petit Paris » ne veut jouer le jeu du « Grand ».

Suite à cette remarque pertinente, l’article suivant, même s’il nous parle d’un  » passeur » qui fait « le lien entre le centre et sa banlieue, » nous gêne peut-être parce qu’il nous décrit surtout le 19ème arrondissement et le « petit Paris ». Ce rap qui aurait acquis ses lettres de noblesses en entrant dans Paris. Que dire alors de l’encadré « made in Paris » : il nous assène que la FIAC avait eu des « années d’errements Porte de Versailles » avant d’être « rapatriée au Grand Palais » ; « Ouf ! » nous ajoute-t-on. La FIAC en bordure de Paris, pourquoi pas en dehors ! Alors on s’éloigne en pensant : « Paris est d’abord la capitale de la mode et des arts et ce qui fait son intérêt, c’est la densité. Si on éparpille, on perdra cette densité. Mais si on laisse faire, exclu-t-on ? Et si on pensait superposition plutôt que contiguïté ? Attractivité plutôt que monopole ?  » Et on tourne la page.

Vincent Remy recueille les propos de Éric Hazan qui nous dit que Paris intra-muros n’est plus aussi populaire qu’avant, sauf une « part de brie, » celle des 18-19 et 20ème arrondissement … et un peu le 13ème aussi. Il y a aussi peut-être un bout du 17ème et une lichette du 14ème, et puis le long des voies de la gare Montparnasse dans le 15ème probablement. Bref, le constat est là : avant, les quartiers populaires étaient dans le centre, maintenant, ils sont repoussés à l’extérieur. Ce qui nous intéresse le plus est peut-être la rapide description des actions à engager :

« Je crois pour ne pas être nocif qu’il ne faut pas être conceptuel mais humble. Prendre par exemple le métro pour Gennevilliers, sortir aux Courtilles, constater que cette place triangulaire, ça ne peut pas rester. Marcher dix minutes et tomber sur des endroits pas mal du tout, des quartiers populaires qui n’ont pas été massacrés. Faire un état des lieux précis avec les habitants ; ici, il manque une crèche ; là, on démolit cette verrue ; ici, on pourrait faire un petit jardin. S’interroger avec les habitants ; que faire, ne pas faire ? » (p.40)

Et que lit-on entre les lignes finalement ? Une description de ce que peut-être l’acuponcture urbaine théorisée par Marco Cassagrande, développée à Taïwan, et l’implication de la population dans l’aménagement de son cadre de vie (pour les japonisants, ce que peut faire Studio L à Osaka). On en trouve un exemple à Belleville justement, à l’intersection de la rue Buisson Saint-Louis et Rue Saint Maur : le projet da(ta)place qui investit l’espace public, une place qui n’a pas de nom mais qui se construit socialement ; la place de la rue. Sautons le périphérique (c’est nous qui le disons) et hop, voyons le germoir à Bezons dans le Val d’Oise …
Après cette lecture, on peut supposer qu’Éric Hazan, lorsqu’il va manger un croque-monsieur à Belleville, va faire un petit tour du côté de l’excellente librairie « Le Genre Urbain, » non ?

Évoqué par « made in Paris », c’est l’Autolib’, système grâce auquel il est possible de circuler « dans toute l’île de France » ; enfin presque, mais c’est en développement et les débuts semblent prometteurs. On rêve, et on attend.

« Si ça continue, il faut que ça cesse » p.42

Il l’a écrit mais c’est comme s’il l’avait entendu, Nicolas Delesalle, reporter (n’appréciant pas twitter ni facebook) de Télérama, donne la parole aux usagers, à certains membres du personnel du RER B et à Jean-Pierre Orfeuil qui n’est pas sociologue comme il est dit (à moins qu’il soit question d’un homonyme) mais ingénieur statisticien, professeur à l’Institut d’Urbanisme de Paris. L’article rappelle une série de posts de Pascale Kremer sur le blog « Sceaux : au pied du château. » Et cela aurait pu en rappeler d’autres plus anciens ou à venir. N’en déplaise au reporter, essayez de taper #RERB sur twitter : Nihil novi sub sole. Donner un petit coup de jeune aux rails ? … mais ne nous a-t-on pas dit plus tôt dans le dossier que les rails, c’est terre-à-terre. Je vous taquine bien sûr. Tout le monde est d’accord, sauf la SNCF et la RATP dont la guerre de sécession dure toujours.

Pour les questions liées à « la parisienne », je laisse le soin au blog de Scott Schuman de parler à ma place : http://www.thesartorialist.com/
Page 50, « made in Paris » reste à Paris. Remarquez, finalement c’est logique.

la carte des cinémas fournie par allociné

Les cinémas recencés par Allociné autour du nouveau « étoile Lilas » (en rouge)

L’article »Paris-Banlieue : un fauteuil pour deux ? » est illustré par les photos de l’excellent Cédric Delsaux que l’on a pu voir à la Gacilly cet été. C’est Mathilde Blottière, critique cinéma pour le magazine, qui l’écrit et on est sidéré. La carte fournie par Allociné qui recense tous les cinémas autour du complexe nous permet d’un peu relativiser tout en constatant que ce projet répond bien plus à un vide parisien dans le 19ème arrondissement qu’autour des Lilas. On comprend les mots de Frédéric Borgia, président de Cinémas 93 :

« Le département est déjà cerné par les multiplexes, à Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Epinay-sur-Seine et Noisy-le-Grand, qui réalisent à eux quatre près de 80% des entrées. On nous en annonce deux autres, à Aulnay-sous-Bois et Tremblay-en-France. Ajoutez-y, côté Paris, l’arrivée des deux complexes et vous aurez des morts. Ce sont nos écrans qui vont prendre » p. 53

Quand Paris arrête de « tourner le dos » cela ne veut pas dire qu’il regarde. On feuillète quelques pages en arrière : « ah, ça y est, page 40, c’est bien Eric Hazan qui parlait déjà de ce même projet en des termes peu flatteurs. » Ce complexe ferait-il partie de ces gros pâtés qui se prétendent urbains mais qui soulignent par leur implantation même la cassure qui perdure ? Le « petit Paris » remonterait-il des murs en prétendant s’ouvrir ? Après lecture dans l’article suivant des propos de Patrick Modiano, une description sensible de quartiers qui lui appartiennent un peu par la force des souvenirs qu’il y attache, on peut comprendre que la construction, parfois, d’un quartier neutre (des rues, des parcs, des magasins, des immeubles, des équipements de quartier …) au-dessus du périphérique permettrait peut-être aux artistes, cinéastes, écrivains et autres passants anonymes, considérables ou non, de les envelopper d’un halo de « mystère, » de les transformer en un morceau du « Grand Paris » sans en faire toute une histoire. Pour simplement permettre à chacun de s’approprier la ville qui arrive.

Nicolas Delesalle à tendance à voir des sociologues partout, peut-être pour donner du crédit à certains propos qui n’ont pas forcément besoin de cet artifice mais qui n’ont pas non plus la nécessaire (parfois relative) objectivité scientifique. Richard Beraha dont les propos sont repris dans l’article, a notamment piloté l’équipe de recherche qui associait feu l’association HuiJi (dont il était président) avec plusieurs laboratoires de recherche, pour la rédaction de l’ouvrage « La Chine à Paris » mais n’est pas sociologue (La correction est d’ailleurs faite sur le site de l’ouvrage). L’article nous décrit la diaspora chinoise du WenZhou par l’intermédiaire de certains de ses représentants : chef d’entreprise qui a réussit, médiatrice socioculturelle, immigrée récente vivant dans la clandestinité, chargée de mission par la mairie impliquée dans les échanges franco-chinois … Le dernier coup d’œil est donné en direction des États-Unis d’Amérique : à l’image de la réussite de Steven Chu, la responsabilité des jeunes chinois serait de faire le relais « entre les deux communautés » (lesquelles ?) nous dit Sasha Lin. Peut-être la notion de « passeur » évoquée par Richard Beraha est-elle moins contraignante ? Les photographies de l’article sont de Camille Millerand.

Et voilà, c’était le « Paris XXL » de Télérama ; un peu flou. C’est peut-être ça aussi la ville : des sujets, des parcours, des passions, des coups de gueules, des souvenirs, des petits mensonges qui s’enchevêtrent sur un même territoire. Un des messages de ce dossier n’est-il pas celui que donne Julien Meyrignac, fondateur de Citadia,  dans son intervention « la ville et le territoire : un désir de reconquête ? », d’une ville « lieu de confrontation et d’adaptation » pensée comme génératrice « d’une pulsion de vie donc [de] progrès » et non comme « un risque à ne pas prendre » ?

Nota Bene : Les architectes remarqueront en feuilletant simplement les pages du dossier que le parasol métropolitain de Jurgen Mayer à Séville fait le bonheur des publicitaires …

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