RdPRESSE REFLEXION § Préparer Europan 12 : « la ville Adaptable »

Cet article est une lecture critique et critiquable du pdf présentant le thème d’Europan 12 : « la ville adaptable » téléchargeable ICI

Le concept de « Ville Adaptable » articule morphologie et métabolisme des villes en appelant à intégrer la notion de temps dans les processus de transformation de ces dernières. Cela signifierait-il renouer avec le couple espace-temps que le rationalisme et les lumières ont dissocié et qui a été en partie restauré au début du XXe siècle ? Adaptable et résilient, le rappel de ces nécessités du projet urbain nous montre peut-être à quel point le terme de « projet » reste toujours associé à l’immuable, la séparation, la forme et autres blocages, cela malgré toutes les explorations et transformations qui sont le quotidien des villes. « Comment mettre du temps dans le projet urbain ? » Ma réponse : l’évolution dans le temps n’est-elle pas inhérente au projet urbain ?

Luc GWIAZDZINSKI, docteur en géographie et urbaniste, président du conseil d’administration du pOlau (Pôle des arts urbains), lauréat du palmarès des jeunes urbanistes 2010 (voir la page de présentation de l’équipe du pOlau) explicite quelques exemples d’achoppements pour l’aménagement et l’urbanisme, peut-être est-il intéressant de préciser ; aménagement et urbanisme institutionnels, puisque l’aspect politique est évoqué en fin de première partie de son article. Il définit trois caractéristiques des temporalités de la ville : l’étalement ou l’extension de nos périodes d’activités sur le temps de repos ; l’éclatement ou l’existence de plusieurs temporalités qui se superposent dans les mêmes espaces ; l’urgence ou la simultanéité et l’accélération qui président à l’organisation de notre temps. Les deux premières caractéristiques sont comparées à des logiques similaires ayant influencé la pensée sur l’espace mais étant aujourd’hui pour beaucoup considérées obsolètes ou à dépasser ; ainsi connaissons nous tous les critiques de l’étalement urbain (la ville diffuse ou la Broadacre city de Wright) et des quartiers monofonctionnels (le zoning ou la ville archipel de Koolhaas). Luc Gwiazdzinsky propose alors une autre terminologie pour la ville adaptable qui est la « ville malléable, » expression explicitement plus orientée vers la plasticité des usages des lieux de la ville ou leur ductilité, leur capacité à s’étendre et créer une continuité d’un usage à un autre à partir d’un même espace urbain. Ce concept s’appuie sur l’exemple de la Città Slow ou des événements ponctuels qui peuvent transformer la vision d’un lieu ou d’un territoire . Mais, pour rester pragmatique et Luc Gwiazdzinsky l’est, penser la polyvalence des espaces de la ville, l’alternance de leurs usages et la « co-conception » engendrent des contraintes et imposent notamment la création de règles (thème qui m’est cher) et celle d’outils de gestion adaptés. C’est ce terme de gestion (gérer, administrer, utiliser au mieux) qui me semble soulever le plus justement les problématiques de la « ville malléable » (on pense immédiatement au succès du vocable « gouvernance »). Repousser les limites n’implique en rien leur disparition mais bien une redéfinition. Pour prévoir de ne pas prévoir, ne faut-il pas définir et faire accepter par tous les limites liées à un lieu, un événement ou un usage en spécifiant les territoires de celles-ci (spatiaux, virtuels, temporels) ?

La Città Slow

La Città Slow, un modèle ? © cittaslow.org

Les articles suivants, écrits par des architectes ou des urbanistes, présentent un ou plusieurs projets ou recherches pouvant être associés à cette notion de ville adaptable :

Liza FIOR, architecte chez muf architecture/art impliqué dans la dynamisation et mise en valeur des sites délaissés ou mal considérés et depuis 2008 dans la réorientation des sites olympiques de Londres 2012, montre à quel point l’observation permet de faire naître des projets simples, appréciés de la population et ingénieux. les projets présentés, Making Space in Dalston et Barking Code, pourraient rappeler en un  sens celui de la place Léon Aucoc à Bordeaux par Lacaton et Vassal, un projet qui consistait simplement à entretenir le site, un projet sans projet, celui de la connaissance d’un lieu par les pratiques et les témoignages de ces usagers, celui de la reconnaissance de la ville telle qu’elle se crée et se vit : de son processus discursif d’évolution. Dans le cas de cette place, il ne manquait rien et cela a été reconnu par les architectes. Il est illusoire de penser un projet qui n’aurait pas de rapport avec le contexte dans lequel il doit s’insérer. En architecture, comme en urbanisme, il y a toujours quelque chose avant, c’est toujours bon de le rappeler. Liza Fior montre au travers du travail de son agence que l’existant est un champ des possibles parce qu’il offre à la fois une lecture spatiale, une lecture de l’usage et une lecture temporelle des lieux offerte par ses usagers. La création d’une cartographie des temporalités pour le projet de parc à Dalston (que nous aurions aimé voir reproduite), pratique courante en anthropologie de la ville pour donner une analyse fine des pratiques, est présentée ici dans un de ces usages concrets. L’adaptabilité de l’organisation sociale des lieux est également évoquée, avec une structure de gouvernance renouvelable tous les six mois, qui implique des débats et invite les populations à s’investir dans leur lieu de vie et de travail avec une évolution tangible des discours vers les actes. Ces projets montrent l’importance du temps de l’observation (qui n’est pas forcément exempt d’actions) ; dans le cas du projet Europan, ce sera un temps à prendre, un choix qui impliquera moins de temps pour le dessin et le rendu. N’est-ce pas intéressant de parler de ce temps là dans le cadre d’un concours pour en questionner la pratique ? (Digression, pourquoi le dôme de Bukminster Fuller [celui de 1967 pour l’expo de Montréal ?] illustre-t-il ce texte ?)

Les jardins et parcs existants à Dalston ©

Relevé systématique des jardins et parcs existants à Dalston ©muf Architecture/Art

Vesta NELE ZAREH, architecte et chercheuse au LIA (Laboratory for Integrative Architecture) de l’école polytechnique de Berlin et dans l’atelier d’architecture et d’urbanisme LIN (Finn Geipel), expose au travers de trois projets ce même thème de ville adaptable. En effet, que l’on parle de constructions éphémères (TEMPO), de restructuration, rénovation, réhabilitation d’anciens sites industriels (ATLAS ACTIF à Saint-Etienne) ou de la proposition pour le Grand Paris (Grand Paris, Métropole Douce), l’idée reste la même : créer un ou plusieurs espaces destinés à d’autres usages que ceux qui leur ont été assignés au départ ou auxquels ils sont soumis de fait, pour élargir le spectre d’activités des zones souvent monofonctionnelles. « Parsemer des confettis [sic] selon une stratégie concrète » rappelle à s’y méprendre l’acuponcture urbaine théorisée par Marco Cassagrande que j’ai déjà évoquée sur ce blog, avec des thèmes comme l’accessibilité ou la mise en valeur d’éléments naturels (ponctuels). L’objectif de ces recherches est de constituer « un catalogue pour la ville adaptable, » catalogue étant à comprendre dans son sens premier : une liste méthodique accompagnée d’explications. En effet, il ne s’agira pas de reproduire un modèle qui fonctionne ailleurs mais de comprendre pourquoi il a fonctionné en tel lieu pour que ce catalogue puisse être utilisé comme un outil de conception et de planification ; c’est en tous les cas ce que je souhaite. (Digression, pas de légende pour certaines images de projets qui ne sont pas ceux de LIN, les habitats temporaires de Shigeru Ban et à celle juste au dessus que je ne connais pas).

Croquis du plan de travail pour le Grand Paris

Croquis du plan de travail pour le Grand Paris ©LIN

Sebastià JORNET I FORNER, architecte et urbaniste à Jornet Llop Pastor Arquitectes  (associé à Carles Llopp i Torné et Joan Enric Pastor Fernández), professeur à l’université technique de Catalogne (UPC) et membre des commissions territoire et urbanisme de Catalogne et de Barcelone, présente le projet du quartier de la Mina à Barcelone pour lequel l’agence a reçu le prix national d’urbanisme en 2006. Le quartier était déconnecté du reste de la ville en bordure du plan imaginé par Ildefonso Cerdá en 1859. Une fois encore, les analyses sociales et anthropologiques, en parallèle d’études morphologiques et techniques, du site sont mises en avant. 7 indicateurs sont dégagés en terreau de projet et on trouve là des similitudes avec d’autres études dans d’autres quartiers défavorisés de part le monde : un territoire détaché du reste de la ville, une concentration de population défavorisée, une tendance à la fragmentation des espaces et des bâtiments parfois bien construits mais dégradés. L’objectif du projet est résumé dans cette phrase : « Aujourd’hui, la Mina a les mêmes droits et qualité d’urbanisation que l’on peut trouver au centre ville » : c’est aussi simple que cela. Les quartiers d’une même ville ne doivent-ils pas évoluer conjointement pour éviter de créer des ruptures au niveau de leurs jonctions ?

Plan masse et vue satellite du quartier de la Mina

Plan masse et vue satellite du quartier de la Mina ©Jornet Llop Pastor Arquitectes

Helmut RESCH est architecte et urbaniste responsable de la ville de Selb, une ville autrefois toute entière consacrée à l’industrie de la porcelaine. En 1970, Walter Gropius disait au sujet de son plan pour la ville : « Une ville est un organisme vivant, sujet à des transformations continuelles. » Il ne pouvait pas mieux dire, la ville a déclinée car son économie n’a pas pu s’adapter à la disparition de sa seule industrie. Helmut Resch, avant de décrire un projet, précise les stratégies mises en place pour que la population s’investisse dans les transformations de sa ville en donnant à cet investissement une application concrète directe : la réalisation du projet jugé le plus pertinent. Certains pans de la ville sont « abandonn[és] » au profit d’un plus grande densité qui permet d’y introduire la qualité nécessaire et financièrement viable. Ces processus s’accompagnant d’une démarche pédagogique, c’est encore une fois les liens qui sont tissés entre les habitants d’un lieu et ce lieu qui sont privilégiés. On découvre ici une ville qui est un lieu d’expérimentation non pas uniquement pour les architectes et les urbanistes, mais pour les habitants eux-mêmes en lien avec les premiers. Cependant, avant de s’extasier (en prenant le texte au mot et communication pour réalité), avant de penser appliquer cette politique n’importe où, il serait intéressant encore une fois de comprendre pourquoi certaines de ces initiatives fonctionnent dans ce cas précis : quels en sont les logiques, les moteurs, le contexte ?

Nouvel espace public de la ville de Selb

Nouvel espace public de la ville de Selb, par qui ? pour qui ?

Michel SIKORSKY, architecte chez Xaveer de Geyter Architects (XDGA), présente le projet du plateau de Saclay … et nous avons un peu l’impression d’être en contradiction avec les projets précédents. Michel Sokorsky parle de « parc à thème, » l’image parfaite d’un lieu vide d’atmosphère urbaine, de la répartition des activités basées sur la recherche ( une « ville science » mono-orientée ?) avec une vision largement influencée par l’obligation de performance face au classement de Shanghai (« les universités avec moins de fonds mais qui apporteraient [sic] tous les prix Nobel »), une urbanisation nouvelle pensée au format pointilliste avec les « lignes rouges à certains endroits que l’on ne franchit pas » (mais jusqu’à quand ?). Les termes de ville hybride sont lancés, mais ils semblent plus souligner la juxtaposition de cette ville-nouvelle avec des terrains agricoles qu’autre chose. Est-ce l’idée d’une constitution dans le temps de morceaux de ville autour d’une même avenue qui constitue l’intérêt de ce projet ? Ne serait-il pas plus intéressant de ne justement pas centraliser la ville autour de la recherche à tous prix pour laisser une place à de futures adaptations de celle-ci à ses usages réels, qui prendraient place dans le temps, plutôt qu’à ses futures fonctions supposées ? Ou alors, affirmer ce lieu comme un véritable campus vitrine comme peut l’être celui de l’EPFL ? Nous pouvons enfin imaginer les groupes de pression qui se sont constitués pour inciter les universités et les centres de recherche à s’installer sur ce site où il n’y a pour l’instant que des champs. Ce discours qui ne fait que nommer la mixité n’est-il pas un vœu pieu face à des enjeux qui dépassent largement ceux du bureau d’architecture et d’urbanisme ?

Urbanisation du plateau de Saclay

Plan masse d’urbanisation du plateau de Saclay ©XDGA

Il est clair, après lecture de ces articles et des expériences de ces différents projets, que le thème de la ville adaptable (qui devrait être un pléonasme aujourd’hui) implique précisément un ajustement au contexte, à l’environnement urbain, social, économique, politique etc. qui dans son ensemble (n’est-ce pas là le point clef ?) tient lieu de projet. Lorsque Luc Gwiazdzinsky écrit que « l’offre urbaine est de plus en plus statique et rigide » je comprends que les limites de projets que l’on sait aujourd’hui définir en France sont principalement contraintes par la cristallisation de la pensée autour des responsabilités de chacun face à l’imprévu. Cela implique nécessairement d’essayer de tout prévoir pour éviter que quelque chose ne soit reproché aux concepteurs, aux commanditaires, aux organisateurs, etc. Nous nous trouvons face à une forme de diplomatie spatiale et temporelle de l’offre urbaine : comme pour les questions diplomatiques, les transformations de la ville sont lentes et les erreurs et tâtonnements sont mal acceptés. Les lieux d’expérimentation sont considérés comme hors du giron de la ville parce qu’imprédictibles. Pour les intégrer, il faut réussir à prévoir ce qui va s’y passer ou tout au moins réussir à les circonscrire, les dé-limiter justement. Ainsi redeviendraient-ils un lieu urbain un « lieu de maximisation des interactions » ? Un des enjeux des projets urbains à venir n’est-il pas celui de l’émancipation face à la forme de prédiction que nous connaissons ?

En écrivant ce texte, j’ai pensé à :

  • Au sujet des transformations de l’expérience du territoire, exemple de la nuit blanche de 2009 organisée par les 2 commissaires du Mac/Val, Alexia Fabre et Franck Lamy, et liant par des parcours artistiques le Val-de-Marne à Paris intra-muros ; l’Art dans les Chapelles dans le Morbihan et Estuaire entre Nantes et Saint-Nazaire qui instaurent un nécessaire dialogue entre les communes pour penser la collaboration au profit de parcours du territoire sans buter sur des limites fictionnelles ; journées du patrimoine et folle journée qui sont maintenant développées à l’international etc.
  • Au sujet des concours, le chapitre « Des mots aux choses ou vers une architecture de la communication » in RODIONOFF Anolga, 2012, « Les territoires saisis par le virtuel« , Rennes, PUR, pp. 45-76

RdPRESSE § Le Pari et Télérama

header du site http://www.mon-grandparis.fr

Bannière du site officiel du grand Paris

La ville de Paris et ses alentours associés au mot « grand » passent cette fois à la moulinette d’un dossier édité par Télérama. La presse non spécialisée est celle dont le public est le plus large et Télérama consacre régulièrement des dossiers aux questions urbaines.

illustration du schéma

Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France, 1976

Le premier article de Luc Le Chatelier, journaliste du magazine, nous rappelle les débuts de ce qui aurait pu, devra, devrait ou pourrait être (on ne sait plus) le Grand Pari(s) de l’Agglomération Parisienne. Projet dont on a eu tôt fait d’oublier le nom au profit d’un « Grand Paris » plus médiatique (GPAP, c’était un joli sigle de plus pourtant).
Est d’abord cité Nicolas Sarkozy qui aurait eu l’audace d’un Napoléon III. Un nom qui sonne en effet mieux que ceux, par exemple, des illustres inconnus (ou presque) Henri Prost et Raoul Dautry, ce qui nous aurait moins prosaïquement ramené en 1934, ou celui de Pierre Sudreau en 1961 dont les projets ont débouché en 1965 sur le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris (résumé de l’ouvrage éponyme disponible ici) pour une population de 14 millions d’habitants. On pourrait continuer avec, par exemple, l’évolution de ce schéma en 1976 sous l’égide du (accrochez-vous) SDAURIF qui intéressera les plus curieux (cliquez sur l’image ci-dessus). Le bref historique omet de préciser que Paris Métropole, cité dans le développement de l’article et dont les débuts (un peu flous) sous ce nom se veulent antérieurs au discours du 20 juin 2007 sur le Grand Pari(s), était le grand projet concurrent. Les rapports de forces que traduisent ces deux expressions, désignant globalement la même chose, sont évoqués entre les lignes et un peu plus loin, par deux noms : « le Grand-Huit » et « Arc Express. » Le « délire » au singulier de Roland Castro et les « plans sur la comète » d’Antoine Grumbach sont aussi épinglés par cette introduction courte donc, forcément(?), partielle. La suite de l’article soulève quelques enjeux et problématiques d’un Paris plus grand que celui délimité par le périphérique, peu importe le nom qu’on lui donne.
Ce sont les mots d’Alain Bourdin, sociologue et urbaniste, et une comparaison avec le Grand Londres qui nous permettent de comprendre que le Grand Pari(s) est avant tout un projet international. Paris doit rester une place qui compte dans le monde des mégalopoles internationales, alors, comme le dit la première de couverture avec un ton léger, « faut grandir ! » Tout le problème étant de décider ce que grandir veut dire. Visiblement, pour Luc le Chatelier, construire (pour l’instant projeter) un réseau de transport est un peu trop terre-à-terre. Les jolis dessins de la ville de demain étaient trop air-à-air… et on ne sait plus sur quel pied danser (Proposons donc de lire une étude prospective de l’insertion urbaine du périphérique de Paris : No Limit, éd. du pavillon de l’arsenal, 2008). Alors que la toponymie a été, elle aussi, évoquée, c’est l’enjeu de la « gouvernance du Grand Paris » (21100 résultats sur google pour cette expression exacte) qui pointe à nouveau le bout de son nez. Luc Le Chatelier constate alors, comme toujours mais il est très important de le répéter, que personne (ou presque) à l’intérieur du « Petit Paris » ne veut jouer le jeu du « Grand ».

Suite à cette remarque pertinente, l’article suivant, même s’il nous parle d’un  » passeur » qui fait « le lien entre le centre et sa banlieue, » nous gêne peut-être parce qu’il nous décrit surtout le 19ème arrondissement et le « petit Paris ». Ce rap qui aurait acquis ses lettres de noblesses en entrant dans Paris. Que dire alors de l’encadré « made in Paris » : il nous assène que la FIAC avait eu des « années d’errements Porte de Versailles » avant d’être « rapatriée au Grand Palais » ; « Ouf ! » nous ajoute-t-on. La FIAC en bordure de Paris, pourquoi pas en dehors ! Alors on s’éloigne en pensant : « Paris est d’abord la capitale de la mode et des arts et ce qui fait son intérêt, c’est la densité. Si on éparpille, on perdra cette densité. Mais si on laisse faire, exclu-t-on ? Et si on pensait superposition plutôt que contiguïté ? Attractivité plutôt que monopole ?  » Et on tourne la page.

Vincent Remy recueille les propos de Éric Hazan qui nous dit que Paris intra-muros n’est plus aussi populaire qu’avant, sauf une « part de brie, » celle des 18-19 et 20ème arrondissement … et un peu le 13ème aussi. Il y a aussi peut-être un bout du 17ème et une lichette du 14ème, et puis le long des voies de la gare Montparnasse dans le 15ème probablement. Bref, le constat est là : avant, les quartiers populaires étaient dans le centre, maintenant, ils sont repoussés à l’extérieur. Ce qui nous intéresse le plus est peut-être la rapide description des actions à engager :

« Je crois pour ne pas être nocif qu’il ne faut pas être conceptuel mais humble. Prendre par exemple le métro pour Gennevilliers, sortir aux Courtilles, constater que cette place triangulaire, ça ne peut pas rester. Marcher dix minutes et tomber sur des endroits pas mal du tout, des quartiers populaires qui n’ont pas été massacrés. Faire un état des lieux précis avec les habitants ; ici, il manque une crèche ; là, on démolit cette verrue ; ici, on pourrait faire un petit jardin. S’interroger avec les habitants ; que faire, ne pas faire ? » (p.40)

Et que lit-on entre les lignes finalement ? Une description de ce que peut-être l’acuponcture urbaine théorisée par Marco Cassagrande, développée à Taïwan, et l’implication de la population dans l’aménagement de son cadre de vie (pour les japonisants, ce que peut faire Studio L à Osaka). On en trouve un exemple à Belleville justement, à l’intersection de la rue Buisson Saint-Louis et Rue Saint Maur : le projet da(ta)place qui investit l’espace public, une place qui n’a pas de nom mais qui se construit socialement ; la place de la rue. Sautons le périphérique (c’est nous qui le disons) et hop, voyons le germoir à Bezons dans le Val d’Oise …
Après cette lecture, on peut supposer qu’Éric Hazan, lorsqu’il va manger un croque-monsieur à Belleville, va faire un petit tour du côté de l’excellente librairie « Le Genre Urbain, » non ?

Évoqué par « made in Paris », c’est l’Autolib’, système grâce auquel il est possible de circuler « dans toute l’île de France » ; enfin presque, mais c’est en développement et les débuts semblent prometteurs. On rêve, et on attend.

« Si ça continue, il faut que ça cesse » p.42

Il l’a écrit mais c’est comme s’il l’avait entendu, Nicolas Delesalle, reporter (n’appréciant pas twitter ni facebook) de Télérama, donne la parole aux usagers, à certains membres du personnel du RER B et à Jean-Pierre Orfeuil qui n’est pas sociologue comme il est dit (à moins qu’il soit question d’un homonyme) mais ingénieur statisticien, professeur à l’Institut d’Urbanisme de Paris. L’article rappelle une série de posts de Pascale Kremer sur le blog « Sceaux : au pied du château. » Et cela aurait pu en rappeler d’autres plus anciens ou à venir. N’en déplaise au reporter, essayez de taper #RERB sur twitter : Nihil novi sub sole. Donner un petit coup de jeune aux rails ? … mais ne nous a-t-on pas dit plus tôt dans le dossier que les rails, c’est terre-à-terre. Je vous taquine bien sûr. Tout le monde est d’accord, sauf la SNCF et la RATP dont la guerre de sécession dure toujours.

Pour les questions liées à « la parisienne », je laisse le soin au blog de Scott Schuman de parler à ma place : http://www.thesartorialist.com/
Page 50, « made in Paris » reste à Paris. Remarquez, finalement c’est logique.

la carte des cinémas fournie par allociné

Les cinémas recencés par Allociné autour du nouveau « étoile Lilas » (en rouge)

L’article »Paris-Banlieue : un fauteuil pour deux ? » est illustré par les photos de l’excellent Cédric Delsaux que l’on a pu voir à la Gacilly cet été. C’est Mathilde Blottière, critique cinéma pour le magazine, qui l’écrit et on est sidéré. La carte fournie par Allociné qui recense tous les cinémas autour du complexe nous permet d’un peu relativiser tout en constatant que ce projet répond bien plus à un vide parisien dans le 19ème arrondissement qu’autour des Lilas. On comprend les mots de Frédéric Borgia, président de Cinémas 93 :

« Le département est déjà cerné par les multiplexes, à Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Epinay-sur-Seine et Noisy-le-Grand, qui réalisent à eux quatre près de 80% des entrées. On nous en annonce deux autres, à Aulnay-sous-Bois et Tremblay-en-France. Ajoutez-y, côté Paris, l’arrivée des deux complexes et vous aurez des morts. Ce sont nos écrans qui vont prendre » p. 53

Quand Paris arrête de « tourner le dos » cela ne veut pas dire qu’il regarde. On feuillète quelques pages en arrière : « ah, ça y est, page 40, c’est bien Eric Hazan qui parlait déjà de ce même projet en des termes peu flatteurs. » Ce complexe ferait-il partie de ces gros pâtés qui se prétendent urbains mais qui soulignent par leur implantation même la cassure qui perdure ? Le « petit Paris » remonterait-il des murs en prétendant s’ouvrir ? Après lecture dans l’article suivant des propos de Patrick Modiano, une description sensible de quartiers qui lui appartiennent un peu par la force des souvenirs qu’il y attache, on peut comprendre que la construction, parfois, d’un quartier neutre (des rues, des parcs, des magasins, des immeubles, des équipements de quartier …) au-dessus du périphérique permettrait peut-être aux artistes, cinéastes, écrivains et autres passants anonymes, considérables ou non, de les envelopper d’un halo de « mystère, » de les transformer en un morceau du « Grand Paris » sans en faire toute une histoire. Pour simplement permettre à chacun de s’approprier la ville qui arrive.

Nicolas Delesalle à tendance à voir des sociologues partout, peut-être pour donner du crédit à certains propos qui n’ont pas forcément besoin de cet artifice mais qui n’ont pas non plus la nécessaire (parfois relative) objectivité scientifique. Richard Beraha dont les propos sont repris dans l’article, a notamment piloté l’équipe de recherche qui associait feu l’association HuiJi (dont il était président) avec plusieurs laboratoires de recherche, pour la rédaction de l’ouvrage « La Chine à Paris » mais n’est pas sociologue (La correction est d’ailleurs faite sur le site de l’ouvrage). L’article nous décrit la diaspora chinoise du WenZhou par l’intermédiaire de certains de ses représentants : chef d’entreprise qui a réussit, médiatrice socioculturelle, immigrée récente vivant dans la clandestinité, chargée de mission par la mairie impliquée dans les échanges franco-chinois … Le dernier coup d’œil est donné en direction des États-Unis d’Amérique : à l’image de la réussite de Steven Chu, la responsabilité des jeunes chinois serait de faire le relais « entre les deux communautés » (lesquelles ?) nous dit Sasha Lin. Peut-être la notion de « passeur » évoquée par Richard Beraha est-elle moins contraignante ? Les photographies de l’article sont de Camille Millerand.

Et voilà, c’était le « Paris XXL » de Télérama ; un peu flou. C’est peut-être ça aussi la ville : des sujets, des parcours, des passions, des coups de gueules, des souvenirs, des petits mensonges qui s’enchevêtrent sur un même territoire. Un des messages de ce dossier n’est-il pas celui que donne Julien Meyrignac, fondateur de Citadia,  dans son intervention « la ville et le territoire : un désir de reconquête ? », d’une ville « lieu de confrontation et d’adaptation » pensée comme génératrice « d’une pulsion de vie donc [de] progrès » et non comme « un risque à ne pas prendre » ?

Nota Bene : Les architectes remarqueront en feuilletant simplement les pages du dossier que le parasol métropolitain de Jurgen Mayer à Séville fait le bonheur des publicitaires …

RdPRESSE § Japon et la future city

Le concept de Future city développé au Japon est basé sur une évolution en trois étapes :

– Développer les entreprises innovantes en collaboration internationale dans les domaines de ce qu’on appelle en France le développement durable

– pour établir une société a basse consommation de carbone

– pour enfin améliorer la revitalisation locale dans une société vieillissante mais en bonne santé

En bref, comment maintenir une compétitivité mondiale dans un pays âgé qui vieillit en s’ouvrant un peu au monde.

L’article en anglais et en pdf http://www.gov-online.go.jp/pdf/hlj/20110201/18-19.pdf

RdPRESSE § Google Glass

Google vient de dévoiler une vidéo de son projet de lunettes connectées : https://plus.google.com/111626127367496192147/posts

Pour l’instant, n’est-ce qu’un écran de smartphone déporté sur des lunettes ? A la question ; « quelles sont les perspectives que cela peut offrir ? » il me semble que la vidéo ne donne ou ne propose aucune réponse intéressante. Le but de Google n’étant surement pas de proposer ces solutions, mais de proposer cette technologie pour faire naître, ailleurs, des idées.