REFLEXION § Les manifestes de réappropriation

Hier, en intégrant au post précédent la revendication d’une ré-appropriation de l’espace public par Cyklop au travers de ses interventions, je me suis demandé quelles étaient les revendications (ou si des manifestes existent) des autres groupes ou artistes qui investissent plus ou moins légalement l’espace public. Quelques questions :

  • Est-il possible de trouver des invariants, des convergences ou divergences dans les textes qui existent ?
  • Quels sont les discours tenus sur les règles (mon thème de recherche) ?
  • Si l’on considère le terme règle comme la triade ; loi, règlement, bonnes manières (ce que fais Erving Goffman lorsqu’il différencie deux systèmes principaux de référence : les « règlements » et la « pression sociale. » Il subdivise ensuite le premier en deux parties : « la loi, le règlement du comportement qui s’appuie sur le pouvoir et l’autorité de l’Etat, et les règles, normes imposées par un agent autorisé, mais dont l’autorité provient d’une organisation moins globale que l’Etat. » (1973 : 102). Loi, Règles et Pression Sociale, une autre manière de définir cette triade), à quelle partie de cette triade font référence les critiques de la Règle enfreinte si cette idée est abordée dans ces textes ?
  • Je voyais apparaître une première grille de lecture a priori : 1 appropriation (réponse à l’uniformisation de la ville) / 2 dégradation ( revendiquée dans des cas radicaux [genre Kidult] mais peu évoquée en général [bien qu’elle pose question dans certains cas il me semble[) / 3 donner à voir (utilisée par les personnes ou groupe persuadé de faire quelque chose pour le bien de tous) Quelle est la limite entre ces trois formes d’actions ?

Il me semble intéressant de questionner l’influence du réseau et du partage dans le cadre d’actions qui n’auraient en général pas eu d’autres spectateurs que les habitants ou passants du lieu concerné par lesdites actions (excepté par l’intervention de la presse). Revendiquer (ou ne pas revendiquer) sur une page internet son action, concrète ou non, est une manière de formaliser (le mot est amusant) l’interaction entre la ville et le réseau. Ces connexions, nombreuses et variées, peuvent être faites depuis le développement du web 2.0 par n’importe qui, connu ou inconnu (On constate d’ailleurs que beaucoup des pages internets d’acteurs du street art sont sur des plate-forme gratuites de blog). Ces sites, blogs et autres pages facebook  transforment sur la toile la ville en son image (réunies par exemple sur googlestreet map pour donner l’impression de parcourir la ville, la boucle est bouclée).

Ci-dessous, j’ai recherché des textes (quand il y en a et qu’ils sont dans une langue que je peux comprendre)  qui expliquent certaines actions engagées. Cela pour tenter d’avoir un premier aperçu des tendances qu’on peut dégager sans aucune prétention d’exhaustivité :

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Faire prendre conscience

  • CitID is an ambitious project aiming to gain global consciousness by giving a (type)face to every city worldwide
  • RaspouTeam souhaite inscrire l’histoire de la ville dans la ville
  • Give a Minute is a new kind of public dialogue. It only takes a minute to think about improving your city, but your ideas can make a world of difference. « Give a Minute » is an opportunity for you to think out loud

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Dénoncer par l’action:

  • « La guérilla jardinière défend le droit à la terre et la réforme agraire. C’est une fronde qui remet en question le régime foncier et interpelle les pouvoirs publics sur l’utilisation de ces terres en friche. Dans certains cas, c’est un pied de nez au « tout béton » de nos villes, dans d’autres une revendication pour des cultures vivrières, comme le Mouvement des sans-terre au Brésil.  Parfois, cela débouche aussi sur des jardins partagés ou communautaires. » Ou chacun définit ce qu’il fait, définit les règles qu’il enfreint ou qu’il pense enfreindre et s’approprie autant l’espace public que l’idée de l’action qu’il réalise.
  • MobMov un « guerilla drive-in » qui utilise le terme « manifesto » sans véritablement en proposer un
  • « Sound Tossing is a resistance movement. It is aimed a countering the dominance of acoustic advertising and new sound security tools intended to prevent young people from congregating in specific areas such as in public places and outside shops. Sound Tossing is instead a subtle sound intervention. It impacts and alters the normal course of urban life while encouraging discussion of topics such as acoustic overstimulation and public well-being. Moreover, Sound Tossing increases public awareness of the acoustic environment. »
  • street artist, urban explorer, poet, lyricist, activist and so on.
  • « A Dead Drop is a naked piece of passively powered Universal Serial Bus technology embedded into the city, the only true public space. In an era of growing clouds and fancy new devices without access to local files we need to rethink the freedom and distribution of data.« 
  • The blind « il cherche à sortir le braille de son format et de sa forme classique »
  • Cyklop « Il établit son territoire au coeur de la ville et entre en dialogue avec les passants, son oeil scrute et interpelle le regard. Il redonne à la ville sa dimension humaine et y apporte une touche sensible et surprenante. En marge des panneaux de signalétique ou de publicité dont la ville est saturée, il s’inscritdans l’espace public de manière originale, gratuite et universelle en s’offrant au regard de chacun. »

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S’installer dans les règles ou à leurs limites et améliorer

  • Le projet mobîlot de les agences comceci et 11h45 « l’installation sur la voie publique est très courte. La desinstallation peut être effectuée tout aussi facilement, et réinstallé ailleurs. »
  • « Candy Chang is an artist, designer, and urban planner who explores making cities more comfortable and contemplative places. She believes in the potential of introspection and collective wisdom in public space to improve our communities and our personal well-being.« 
  • Astro et Kanos : « Réaliser des graphs n’importe où sans dégrader »
  • The “Better Blockproject is a demonstration tool that acts as a living charrette so that communities can actively engage in the buildout process and provide feedback in real time.
  • My society « Everything we do aims to help people become more powerful in the civic and/or democratic parts of their lives. »

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Expériences

  • Stephard Feirey décrit son travail pour Andre the giant comme une expérience en phénoménologie : «  The Andre the Giant sticker campaign can be explained as an experiment in Phenomenology. Heidegger describes Phenomenology as « the process of letting things manifest themselves. » Phenomenology attempts to enable people to see clearly something that is right before their eyes but obscured; things that are so taken for granted that they are muted by abstract observation.The first aim of Phenomenology is to reawaken a sense of wonder about one’s environment. »  » Many stickers have been peeled down by people who were annoyed by the sticker which they consider an eyesore and an act of petty vandalism, which is ironic considering the number of commercial graphic images everyone in American society is assaulted by daily » « The Andre sticker seems mostly to be embraced by those who are, or at least want to seem to be rebellious. »  « In the name of fun and observation, the experiment continues…« 
  • Space invader « Le geste en lui même est déjà politique puisque j’interviens dans 99% des cas sans autorisation. Pour le reste, je suis plutôt dans l’expérimentation que dans la contestation, et puis il y a évidemment une dimension ludique dans ce projet, car j’ai finalement passé ces huit dernières années à voyager de villes en villes avec, comme principal objectif, celui de remporter un score maximum. »
  • Ernest pignon-Ernest  » …au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J’essaie d’en comprendre, d’en saisir à la fois tout ce qui s’y voit : l’espace, la lumière, les couleurs… et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique… Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d’un corps à l’échelle 1).
    Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique… »

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Aucune revendication affichée

  • « Oakoak est un artiste français aimant s’amuser dans la rue »